Festival Raccord(s).

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Place à l’édition indépendante pour ce festival parisien et francilien, en février et avril 2018 ! On peut y retrouver les Editeurs associés, dont j’avais eu plaisir à parler ici.

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« L’origine de la violence » de Fabrice Humbert.

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L’origine de la violence de Fabrice Humbert est une sorte de roman-essai qui s’interroge sur la violence et la question du Mal. Le point de départ est un voyage du narrateur, professeur en voyage scolaire en Allemagne, qui découvre dans le camp de Buchenwald une photographie représentant Erich Wagner, le médecin du camp, et un homme ressemblant à son propre père. Il décide alors de mener une enquête pour découvrir l’identité de cet homme. Le texte oscille de façon réussie entre enquête historique, mise à jour d’un secret de famille et réflexion sur le métier de professeur. L’écriture est fluide, le propos intéressant, c’est un bon roman.

« Dans le jardin de l’ogre » de Leïla Slimani.

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J’ai découvert Leïla Slimani par Chanson douce, que j’avais trouvé très réussi, et j’ai récemment dévoré son enquête, Sexe et mensonges. La vie sexuelle au Maroc. J’avais donc envie de lire son premier roman, qui met en scène l’addiction sexuelle d’Adèle. Tous les passages dans lesquelles cette dernière est sous l’emprise de son corps sont puissants et réussis. J’ai moins apprécié le retour à une forme de normalité du personnage, certains choix narratifs m’étant apparus moins convaincants. C’est toutefois un texte réussi, surtout pour un premier roman, et je conseille vivement, surtout en cette période, la lecture des chapitres se déroulant chez les beaux-parents d’Adèle à Noël, puis chez ses parents pour le réveillon du 31 décembre (pages 74 à 82) : l’écriture de Leïla Slimani est d’une cruauté réjouissante quand elle s’attaque aux petitesses humaines.

« Rue des voleurs » de Mathias Enard.

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J’étais prêt au départ. Je n’avais plus de famille depuis près de deux ans, plus d’amis depuis deux jours, plus de valises depuis deux heures. L’inconscient n’existe pas; il n’y a que des miettes d’information, des lambeaux de mémoire pas assez importants pour être traités, des bribes comme autrefois ces bandes perforées dont se nourrissaient les ordinateurs; mes souvenirs sont ces bouts de papier, découpés et jetés en l’air, mélangés, rafistolés, dont j’ignorais qu’ils allaient bientôt se remettre bout à bout dans un sens nouveau. La vie est une machine à arracher l’être; elle nous dépouille, depuis l’enfance, pour nous repeupler en nous plongeant dans un bain de contacts, de voix, de messages qui nous modifient à l’infini, nous sommes en mouvement; un cliché instantané ne donne qu’un portrait vide, des noms, un nom unique et pourtant multiple qu’on projette sur nous et qui nous fabrique, qu’on m’appelle Marocain, Maure, Arabe, immigré ou par mon prénom, appelez-moi Ismaël, par exemple, ou ce que vous voudrez -j’allais bientôt être fracassé par une partie de la vérité et regardez-moi courir dans Tanger (…) (pages 105-106)

Cet extrait du roman de Mathias Enard, Rue des voleurs, publié en 2012, donne une bonne idée du style riche et précis de l’auteur, comme de la complexité du personnage narrateur, toujours en mouvement. Lakhdar est en effet un être de fiction fascinant et attachant, porté par ses lectures polyglottes, des classiques arabes aux Série noire françaises, en passant par les livres espagnols qui traînent. Amoureux, il sublime Judit, tant par la fougue de sa jeunesse que par la puissance de la poésie. De Tanger à Barcelone, en passant par Tunis, le roman mêle les langues (arabe, espagnole) et fait de l’exilé une figure politique et littéraire fabuleuse. Un excellent roman, qui me donne envie de lire encore du Mathias Enard.

« Retour à Reims » de Didier Eribon.

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Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi vivifiant, intime, intelligent, engagé…! Didier Eribon y raconte son parcours intellectuel et personnel de sa ville natale, Reims, à sa ville d’élection, Paris. Il évoque sa place au sein de sa famille et questionne sa trajectoire.

(…) les traces de ce que l’on a été dans l’enfance, de la manière dont on a été socialisé, perdurent même quand les conditions dans lesquelles on vit à l’âge adulte ont changé, même quand on a désiré s’éloigner de ce passé, et, par conséquent, le retour dans le milieu d’où l’on vient -et dont on est sorti, dans tous les sens du terme- est toujours un retour sur soi et un retour à soi, des retrouvailles avec un soi-même autant conservé que nié. (page 14)

Un livre politique, écrit avec un souci de la nuance et avec élégance.

Soirée lectures du samedi 2 décembre 2017, 9ème édition.

Voici enfin le compte-rendu de la soirée du samedi 2 décembre.

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Maëva a présenté Le bruit des clefs d’Anne Goscinny, qui décrit la mort du père de l’écrivaine, alors qu’elle avait neuf ans. C’est un texte à l’écriture très fluide, précise et bouleversante, qui évoque le rôle de son père, et plus précisément encore le rapport tissé avec l’image du père. Il y est question de judéité, de transmission et de mémoire : je continuerai à t’inventer, écrit-elle.

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Maëva a également parlé de 7 femmes de Lydie Salvayre, femmes qui ont toutes comme point commun d’avoir fait de l’écriture une raison de vivre, et d’avoir eu un destin tragique. Ce sont des portraits de passionnées, vivant chacune différemment leur féminité. Le texte consacré à Ingeborg Bachmann est particulièrement frappant : l’amitié amoureuse impossible qu’elle entretint avec le poète Paul Celan y est racontée.

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Sandrine a présenté Le vice de la lecture  d’Edith Wharton, qui explique que l’on n’est pas un vrai lecteur si on ne lit pas depuis le berceau ! C’est publié aux éditions du Sonneur, qui proposent dans cette collection de petit format des textes brefs d’auteurs connus. D’autres titres à découvrir, comme Comment écrire un livre de voyage (récit de voyage fait sans jamais sortir de chez soi!) de Frederick Marryat et Un vieux de Pierre Loti.

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Sandrine a également évoqué le livre qui a changé sa vie et fait qu’elle est devenue libraire : Neige de Maxence Fermine. C’est l’ouvrage qu’elle a le plus conseillé et le plus vendu ! Cela se passe au Japon -où l’auteur ne s’est jamais rendu- et c’est l’histoire d’un jeune homme qui devait devenir moine et devient finalement poète. Il consacre ses haïkus à la neige. Comme l’empereur trouve que ses créations manquent de couleur, il l’envoie faire un voyage initiatique pour rencontrer celui qui va l’aider à mettre de la couleur dans sa poésie. Un chapitre sur deux commence par un haïku.

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Pour ma part, j’ai lu quelques articles des Mots du bitume d’Aurore Vincenti, dictionnaire au graphisme agréable, et qui se lit comme un roman. Il s’agit en fait d’une reprise des chroniques que l’auteure avait faites sur France Inter. Askip un livre qui a du swag, mes khey !

Prochaine soirée samedi 3 février 2018 : avis aux amateurs !

« Une ardeur insensée » de Nathalie Azoulai.

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Je continue la découverte de l’œuvre de Nathalie Azoulai, commencée avec Titus n’aimait pas Bérénice et poursuivie par C’est l’histoire d’une femme qui a un frère et Mère agitée. Le roman Une ardeur insensée, publié en 2009, m’a surprise par son audace et son exploration de la part la plus sombre de la psychologie de ses personnages. Par certains aspects, j’ai pensé à la lecture récente du texte d’Alice Ferney, Cherchez la femme, mais le style est très différent. La façon dont Odile, pharmacienne modèle et passionnée par son métier, se plonge dans l’art théâtral est tout à fait fascinante. L’amour de l’auteur pour Racine, amplement exploré dans Titus n’aimait pas Bérénice, trouve en quelque sorte son origine dans ce roman. C’est un texte surprenant et de qualité.

« Mon père sur mes épaules » de Metin Arditi.

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Metin Arditi, romancier dont j’avais beaucoup apprécié Le Turquetto (2011), fait ici le portrait de son père, mort il y a vingt ans. Il réfléchit sur la façon dont la mémoire s’arrange de la vérité pour moins nous embarrasser. Il cherche à dire la spécificité de la relation à son père, en voyageant et en retrouvant des lieux emblématiques. Mais rien ne se passe comme prévu, et l’écriture lui fait dire ce qu’il n’attendait pas non plus. C’est un texte simple, touchant et juste. Au-delà de la figure paternelle en Sépharade germanophone (page 120), en homme doux et froid, en amoureux des livres, c’est la force de l’amor fati qui m’a le plus frappée et qui donne toute sa profondeur à ce livre :

le secret du bonheur est dans la répétition de chaque chose que nous a offerte la vie. Il faut vouloir la revivre, dit Nietzsche, encore et encore, dans chacun de ses événements. Il a donné un autre nom à sa grande idée. Amor fati. L’amour du fatum. De la destinée. (page 18)

« Carré 35 », un film documentaire d’Eric Caravaca.

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Ce film m’a bouleversée, sans doute parce qu’il aborde des thèmes qui me sont chers : le secret de famille, la transmission, la mémoire, et aussi l’exil, la colonisation. Il s’agit d’une enquête familiale menée par le réalisateur, Eric Caravaca, sur sa sœur, morte en bas âge, et dont personne n’a jamais parlé. Le ton est juste, les images traitées avec une retenue et une poésie très émouvantes. Je pense à la phrase d’Ivan Jablonka dans Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, que je lis en ce moment : il y a des vérités de famille comme il y a des secrets de famille.

Exposition Irving Penn au Grand Palais à Paris.

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J’ai découvert avec intérêt et enthousiasme l’œuvre photographique d’Irving Penn, américain célèbre pour sa participation active au magazine Vogue mais dont l’activité ne s’est pas limitée au monde de la mode. Son travail sur les portraits, aussi bien que sur les nus, ou encore les cigarettes, m’a épatée. Je suis sortie de l’exposition avec l’envie de faire des photos !

Mes préférées :

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Black and white fashion with handbag (Jean Patchett), 1950.
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Jean Cocteau, 1948.
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Nu, 1949-50.