Soirée lectures du 22 avril 2017, 8ème édition.

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Karine a présenté Le dernier des nôtres d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, une histoire d’amour qui va et vient entre 1945 et 1969, entre l’Allemagne et les Etats-Unis, dans une langue très fluide, parfois crue. C’est un texte qui dégage beaucoup de gravité, sans voyeurisme, et qui est très prenant…jusqu’à en rater les arrêts de métro !

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Valérie nous a parlé de Godin, inventeur de l’économie sociale de Jean-François Draperi. On est au XIXème siècle, Godin, compagnon, découvre en faisant son tour de France les conditions de vie lamentables des ouvriers. Il veut les changer et fonde à Guise un familistère : un lieu de partage où les logements pour les ouvriers sont conçus avec des jardins, des espaces de vie communs, des écoles, théâtres… Ce familistère fonctionnera jusqu’en 1968. Pour en savoir plus sur le livre, lire le premier chapitre, découvrir la maison d’édition Repas, allez ici.

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Sandrine a évoqué Les petits garçons naissent aussi des étoiles d’Emmanuel Dongala, qui se passe au Congo entre les années 60 et les années 90, sous un régime communiste. Tout est vu à travers les yeux d’un petit garçon naïf, et le roman est très drôle. Tous les travers des partis politiques sont pointés, on ne s’ennuie jamais.

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J’ai partagé ma lecture de Marx et la poupée de Maryam Madjidi, auteure née à Téhéran en 1980, dont c’est le premier roman. Texte sur l’exil, la langue et l’identité, drôle et grave à la fois. J’ai lu le passage à la cantine, où la petite Maryam ne peut décidément pas avaler la nourriture infâme qu’on lui sert, et ne rêve que des plats de sa grand-mère.

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Maëva a été emportée par Banquises de Valentine Goby, un texte très fort émotionnellement, qui raconte comment Lisa décide de partir sur les traces de sa sœur Sarah, disparue au Groeland vingt ans plus tôt. C’est un texte très introspectif qui met des mots sur l’impossibilité d’un deuil.

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Manon, ayant envie de lire des classiques, nous a dit combien l’écriture des Misérables de Victor Hugo était extraordinaire, dans le choix des mots, parfois inconnus (métiers disparus), comme dans les descriptions (misère de Cosette ou Fantine).

Mais elle a aussi voulu nous parler du spectacle Doreen présenté au Théâtre de la Bastille au mois de mars, qui adapte le texte d’André Gorz, Lettre à D. Une pièce bouleversante, dans laquelle le spectateur est totalement plongé, dès son entrée dans la salle.

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Christophe ne pouvait que faire le lien en évoquant sa lecture de la biographie d’André Gorz par Willy Gianinazzi, l’histoire d’une vie mais surtout d’une pensée, Gorz ayant été un disciple de Sartre, journaliste au Nouvel Observateur, militant pour la réduction du temps de travail comme pour le revenu universel. Une biographie qui se lit comme un roman.

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Christophe a aussi parlé de Rapatriés de Néhémy Pierre-Dahomey, qui l’a plongé dans un autre monde, avec une galerie de personnages saisissants, grâce à une écriture pleine d’énergie. Une belle réussite pour ce premier roman.

Sandrine a aussi présenté L’autre face de la mer de Louis-Philippe Dalembert; nous avons été plusieurs à discuter de Petit pays de Gaël Faye.

Soirée lectures, 7ème édition.

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Maëva a présenté Être ici est une splendeur. Vie de Paula M. Becker dans lequel Marie Darrieussecq parle de cette peintre allemande née en 1876 et morte en 1907, à laquelle le Musée d’Art moderne de la ville de Paris a consacré récemment une exposition. Dans ce livre, la peintre apparaît comme une femme dans un monde d’hommes; Marie Darrieussecq insiste sur cette dimension, écrivant par exemple que les femmes n’ont pas de nom. A noter qu’un film, Paula, a été réalisé en Allemagne et va sortir le 1er mars en France. J’avais aussi lu et apprécié ce livre, mon billet ici.

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J’ai présenté pour ma part deux textes : un récit bref de Javier Cercas, Le mobile, et un essai de Laure Murat, Relire. Enquête sur une passion littéraire. Chez Cercas, il s’agit de l’histoire d’Alvaro, un romancier peu loquace avec ses voisins, qui règle toute sa vie avec discipline, dans le but de se dédier entièrement à la littérature. A la recherche de réalisme, il entreprend de se rapprocher de ses voisins pour reproduire fidèlement dans son livre leur existence. Mais c’est quand il pense tout contrôler que la situation va lui échapper… C’est passionnant et intelligent. L’essai de Laure Murat, qui compile une vingtaine de réponses d’écrivains, traducteurs, professeurs à son questionnaire sur la relecture est aussi un éloge passionné de la littérature. On y lit notamment les réflexions de Christine Angot, Eric Chevillard, Agnès Desarthe, Annie Ernaux…

Sur cette question de la relecture, Maëva pense qu’un livre qui a été un enchantement dans l’enfance se révèle souvent décevant à l’âge adulte. Elle peut relire de nombreuses fois La vie devant soi de Romain Gary. Quant à Laurence, c’est Amok de Stefan Zweig qu’elle peut relire à l’infini.

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Laurence a présenté « Arrête avec tes mensonges » de Philippe Besson, qu’elle a lu grâce à un retard de RER ! Il s’agit de l’histoire d’amour de deux lycéens, une histoire de regards, entre Philippe, l’ado complexé, et Thomas, qui a beaucoup de succès auprès des filles. Leur histoire d’amour est brutale, crue parfois, mais c’est d’une beauté à couper le souffle. L’écriture n’est pas légère mais fluide. Un livre magnifique.

Notre prochaine rencontre aura lieu le 22 avril.

Notre nuit de la lecture, 6ème édition des Soirées lectures.

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Nous n’étions pas adoubés par le Ministère de la Culture et de la Communication.

Nous n’étions pas dans une bibliothèque ni une librairie.

Nous n’étions même pas en pyjama.

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Mais nous avons fêté à notre façon la Nuit de la lecture : notre formule habituelle (chacun présentant un livre lui ayant plu) a été remplacée par un ensemble de textes que nous nous offrions.

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Chaque personne est venue avec un ou plusieurs textes recopiés ou tapés sur une feuille, glissés dans une enveloppe, et tirés au sort. Chacun a ainsi découvert un texte, ou plusieurs, qu’il a lus à haute voix et avec lesquels il est reparti…

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Voici les livres dont étaient extraits les textes lus, dans le plus grand désordre : le début de Espaces blancs de Paul Auster, la fin de La vie devant soi de Romain Gary, Le carnet d’or de Doris Lessing, deux passages de Chronique japonaise de Nicolas Bouvier, le début de « Le vent à Djémila » dans Noces d’Albert Camus, Une histoire d’amour et de ténèbres d’Amos Oz, « Je vous souhaite » de Jacques Brel, Tao-tö king de Lao Tseu, « La plus petite tempête de neige jamais recensée » dans Tokyo-Montana express de Richard Brautigan, des poèmes de Anthony Phelps dans Je veille incorrigible féticheur, « De la difficulté qu’il y a à imaginer une Cité idéale » dans Penser/Classer de Georges Perec, Marcher de Henry David Thoreau, « Du français au frenglish » dans Le français en liberté de Patricia Latour et Francis Combes, « Instructions pour monter un escalier » dans Cronopes et fameux de Julio Cortazar, un poème d’Antonio Machado, « Marcheur, ce sont tes traces… »

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Notre prochaine rencontre aura lieu le samedi 25 février (et non plus le 4 mars).

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Marcheur, ce sont tes traces

ce chemin, et rien de plus;

Marcheur, il n’y a pas de chemin,

Le chemin se construit en marchant.

En marchant se construit le chemin,

Et en regardant en arrière

On voit la sente que jamais

On ne foulera à nouveau.

Marcheur, il n’y a pas de chemin,

Seulement des sillages sur la mer.

Antonio Machado

Nous avons eu le plaisir de faire la connaissance de Néhémy Pierre-Dahomey, qui vient de publier son premier roman, Rapatriés : vous trouverez les références utiles ici. Et aussi quelques impressions de lecture dans Livres Hebdo, sur Culturebox, sur le blog de Sandrine, L’Instant livre

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Soirée lectures, 5ème édition.

Nous avons eu le plaisir d’accueillir pour cette 5ème édition deux nouvelles lectrices, Karine et Sandrine. Voici les livres qui ont été présentés lors de ce samedi 3 décembre 2016.

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Maëva a tenu à nous parler de la lecture absolument bouleversante et nécessaire qu’elle a faite de Laëtitia d’Ivan Jablonka. Ce dernier s’intéresse à l’assassinat en 2011 de Laëtitia Perrais, qui avait été repris politiquement par le Président de la République d’alors, qui avait dénoncé le laxisme de la justice… Trois parties dans ce livre : l’enquête de Jablonka, l’enquête officielle et l’histoire de Laëtitia. C’est surtout une enquête historique et sociologique sur la France d’aujourd’hui, avec une vraie démarche d’historien et une belle plume d’écrivain; c’est à la fois un livre personnel et un livre d’écrivain. L’empathie de l’auteur est si forte qu’il en vient à dire Laëtitia c’est moi.

Maëva a voulu aussi évoquer Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, du même auteur.

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Le livre le plus beau qu’elle a lu sur la Shoah, dans lequel Jablonka évoque ses parents immigrés polonais d’abord comme des personnes.

Faire de l’histoire, c’est prêter l’oreille à la palpitation du silence, c’est tenter de substituer à l’angoisse, intense au point de se suffire à elle-même, le respect triste et doux qu’inspire l’humaine condition. (Jablonka)

Le livre que je voulais citer à propos d’une sociologue faisant aussi œuvre personnelle, c’était celui-ci.

Sandrine -nouvelle venue-  a parlé de Mr Gwyn d’Alessandro Baricco.

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Elle ne connaissait que Soie de cet auteur et a aimé dans Mr Gwyn l’histoire d’un écrivain, sa démarche artistique, elle qui est plasticienne. Cet écrivain décide un jour de faire ce dont il a envie, et suite à la visite d’une exposition, se met à écrire des portraits, pour lesquels il fait poser des nus. Elle a beaucoup aimé l’ambiance de cet atelier. Dans cette fiction, le personnage de l’écrivain écrit un texte, Trois fois dès l’aube, qu’Alessandro Baricco publie dans un volume à part !

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Je ne me trompais pas : Alessandro Baricco a bien fondé en 1994 une école d’écriture créative, la Scuola Holden, qui se situe à Turin. Pour en savoir plus, ici (site en italien, en anglais et en espagnol).

Karine nous a parlé de La fiancée américaine d’Eric Dupont, un roman fluide même si épais, qui raconte l’histoire d’une famille québécoise, dans laquelle une femme s’appelle Madeleine à chaque génération; la première qui est évoquée dans le titre, vient des Etats-Unis. Le roman commence en 1860 et va jusqu’à aujourd’hui. Il y est question de secrets de famille.

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Karine a aussi évoqué un polar de Gilles Legardinier, L’exil des anges, surprenant par rapport au reste de l’œuvre de cet auteur, dans lequel la mémoire d’une personne peut se transmettre après sa mort par un code informatique. C’est un texte palpitant, qui se termine, comme toujours avec cet auteur, par un mot adressé directement à ses lecteurs.

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Sandrine -que vous connaissez- a participé à la première édition du Prix littéraire Hors Concours, qui consiste à lire 50 extraits de livres de l’édition indépendante; 8 sont sélectionnés, puis un dernier reçoit le prix : ce fut Koumiko d’Anna Dubosc, publié aux éditions Rue des promenades.

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Koumiko est la mère de l’auteur, elle a une maladie dégénérative qui affecte sa mémoire; japonaise, elle parle un mélange surprenant et drôle de français et de japonais qu’on trouve dans des dialogues insérés dans le corps du texte. C’est un livre sur la filiation et l’héritage, la fille cherchant à préserver l’univers de sa mère, évoquant un bonheur qui ne dit pas son nom, jamais très loin du désespoir. Cette histoire a inspiré à Chris Marker le film Le mystère Koumiko.

Pour ma part, j’ai évoqué la bande dessinée de Steve Sheinkein, Les aventures de Rabbi Harvey, dont j’ai lu les deux premiers volumes-mais il en existe un troisième.

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Dans son introduction, l’auteur explique qu’enfant il avait deux livres favoris, les 101 histoires juives et un recueil d’histoires du Far West : il combine ici les deux, faisant de son rabbin un justicier grâce à son sens logique et sa spiritualité. Après le premier chapitre qui narre comment il chasse les trois malfrats qui font régner la terreur à Elk Spring, par la seule force de son raisonnement, chaque chapitre va le mettre en scène face à des habitants venus pour le trouver pour trancher un litige. Le dessin, qui semble figer les personnages, n’en fait que mieux ressortir la sagesse retrouvée; en fin de volume, les sources spirituelles des histoires sont précisées.

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Notre prochaine rencontre aura lieu samedi 14 janvier 2017.

Rentrée des soirées lectures, 4ème édition.

Nous avons repris avec plaisir nos habitudes samedi 15 octobre. Voici les livres qui ont été présentés.

Sépharade d’Eliette Abécassis par Muriel.

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Le livre est disponible aussi au Livre de Poche.

Il s’agit d’un roman sur nos identités multiples, qui ne s’annulent pas les unes les autres. Esther est le personnage principal : elle vit à Strasbourg, et ses parents sont originaires du Maroc. Âgée d’une trentaine d’années, elle veut enfin s’émanciper de sa famille et s’apprête à se marier. Le roman est prenant, se dévore et mêle fiction et passages passionnants sur l’histoire du judaïsme sépharade, au Maroc, en Espagne.

Tropique de la violence de Nathacha Appanah par Sandrine.

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C’est un roman choral qui se passe dans le quartier appelé Gaza à Mayotte; chaque chapitre est raconté par un personnage différent. Il se lit d’une traite. La violence y est extrême, tant dans les rapports entre les gens que dans la situation du bidonville.

Sandrine a également évoqué Petit pays de Gaël Faye : vous pouvez retrouver son billet sur son blog.

L’étoile du chien qui attend son repas de Hwang Sok-yong par Valérie.

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Roman qui se passe dans les années 60 en Corée du sud et qui raconte l’histoire de plusieurs étudiants qui partent sur la route; Chun est l’un deux. Chaque chapitre est écrit par l’un des étudiants. Texte dans lequel il ne se passe rien d’extraordinaire mais qui comporte une certaine poésie.

Vous pouvez lire un extrait sur le site de l’éditeur.

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U par Christophe.

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C’est un petit bouquin qui se dévore, presque un roman policier (il y a une enquête), une histoire de famille, de culpabilité. C’est émouvant, on y parle un peu de cinéma, de photo aussi. Il y a de vraies scènes, le narrateur étant un fin observateur.

Christophe a aussi évoqué Le poète de Yi Mun-yol.

D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère par Maëva.

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S’il y eut un effet déceptif au début de la lecture, en comparaison avec un autre texte de Carrère, L’adversaire, c’est en fait un texte  bien écrit, intelligent, bouleversant. La réflexion sur la mort et le deuil est particulièrement touchante. Il y aussi une réflexion sur le travail de l’écriture. La description de la relation entre Juliette et Etienne, collègues et amis, est très forte et réussie.

Vous pouvez retrouver les précédents comptes rendus :

Nos prochaines rencontres auront lieu :

-samedi 3 décembre 2016

– samedi 14 janvier 2017

– samedi 4 mars 2017

– samedi 22 avril 2017

(restent une ou deux dates à fixer)

D’ici là, bonnes lectures !

Soirées lectures 3ème édition.

Le petit comité de ce samedi 28 mai n’a pas empêché le partage enthousiaste de nombreux titres.

Maëva a présenté Dora Bruder de Patrick Modiano, un texte qui part à la recherche de la fille qui donne son titre au livre. Elle a disparu et l’écrivain mène l’enquête, sur ses traces. A-t-elle été déportée ? Maeva a aimé la poésie des lieux et la recherche minutieuse des indices.

Vous aimerez peut-être lire l’entretien de Modiano au sujet de ce livre.

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Soirées lectures 2ème édition.

Samedi 26 mars nous avons eu le plaisir de nous retrouver pour présenter de nouveaux livres.

Valérie : Farrago de Yann Appery, qui reçut en 2003 le Prix Goncourt des lycéens. C’est également un auteur de théâtre. Le roman se passe au fin fond des Etats-Unis, avec des personnages tous plus branquignols les uns que les autres, des laissés pour compte de la vie. L’écriture est très originale parce qu’elle est très tendre envers les personnages. La structure se fait par cercles , autour des élucubrations du personnage. Les extraits lus donnèrent l’impression d’entendre un texte traduit de l’américain : l’auteur est français et a écrit ce texte en français mais il écrit aussi en anglais par ailleurs, et a vécu aux Etats-Unis.

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Valérie a également présenté le roman d’Elena Ferrante qu’elle lit en italien, L’amica geniale et qu’on peut trouver en français sous le titre L’amie prodigieuse : l’histoire de deux femmes dans les années 50 à Naples, avec une description de la violence des rapports, notamment entre les hommes et les femmes. J’ajoute pour ceux qui aiment les anecdotes littéraires qu’Elena Ferrante est un pseudonyme, que l’auteur refuse interviews et révélations, et qu’on ne sait donc pas clairement qui se cache derrière ce nom; vous pouvez lire ici si ça vous intrigue. Lire la Suite

Soirées lectures 1ère édition.

Samedi 6 février, naissance des Soirées lectures dont le principe est le suivant : chacun présente le livre de son choix, qu’il souhaite partager. Ont été présentés dans l’ordre :

Muriel : Le remplaçant d’Agnès Desarthe. Livre touchant, dans lequel l’auteur fait le portrait de son grand-père, plus exactement du deuxième compagnon de sa grand-mère. Évocation émouvante par l’auteur de son rapport à la mémoire, à la généalogie, au réel -qui passe forcément par la fiction.

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Le début du texte :

Dans certaines cultures, ce qui distingue l’aristocratie du commun, c’est l’art de porter l’habit, dans d’autres celui de guérir par imposition des mains, de reconnaître un grand cru ou de lire l’avenir dans les feuilles de thé.

Chez nous, ce qui permet de sortir du lot, c’est la façon de raconter les histoires; plus précisément, les histoires drôles.

Chaque famille juive possède son conteur légendaire, et chacune pense que le sien est meilleur que les autres. C’est une compétition permanente et sournoise.

Le pouvoir de la fiction :

Un mélange de distraction, de propension à la rêverie, de manque d’esprit de synthèse et d’absence de mémoire fait que je suis incapable de fixer l’information, à la manière de certains organismes qui ne parviennent pas à fixer le fer ou le magnésium. Je ne comprends jamais ce qu’on me dit. Je comprends autre chose. Il me faut des images, il me faut des métaphores.

Tout ce que j’ai retenu m’a été enseigné par les romans, le théâtre ou la poésie. Je n’ai jamais rien retiré des cours à l’école ou au lycée, des documentaires télévisés, de la lecture des journaux.

La perception du monde :

J’ai conscience d’être un cas extrême, mais j’ai l’impression que nombreux sont les gens qui, tout en pensant pouvoir se fier à leurs représentations, n’ont en fait aucune idée de ce qu’est le monde, de ce qu’il a été. Nous sommes pratiquement incapables de comprendre ce dont nous n’avons pas, personnellement, fait l’expérience et c’est, selon moi, ce handicap qui constitue l’une des sources les plus certaines de la barbarie.

L’image, la métaphore nous sauvent de l’isolement, du solipsisme. Mais la métaphore a si mauvaise réputation dans l’Occident moderne que les seuls auteurs qui continuent d’y recourir sont les journalistes sportifs. Pour le reste, on n’y a plus droit, c’est ringard, ça fait vieux, comme cette manie de vouloir raconter des histoires. A quoi bon, quand on a si bien développé les techniques d’analyse et d’enregistrement du réel ?

Maëva : Une enfance algérienne, recueil de textes présentés par Leïla Sebbar.

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Trois époques dans ces textes : les années trente, la Seconde Guerre mondiale, les années soixante. Trois communautés aussi : chrétienne, musulmane, juive. Pour tous : la perspective du départ, de l’exil. Des textes d’écrivains très bien écrits. Par exemple celui d’Albert Bensoussan. Mais aussi ceux d’Hélène Cixous, Jean Daniel, Mohammed Dib…

Christophe : La zone du dehors d’Alain Damasio. DVD avec cette édition.

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Un monde où les gens sont nommés par quelques lettres. C’est l’histoire d’une révolte car tout est apparemment organisé pour le bien-être des personnes mais aucune liberté n’existe en réalité. L’auteur s’attarde parfois un peu trop (par rapport à La horde du contrevent), mais il y a un véritable intérêt politique à ce texte. Beaucoup de créations linguistiques.

Ce livre fait penser, selon Sandrine, à Globalia de Jean-Christophe Rufin.

Une discussion s’ouvre sur les façons de lire, lente ou rapide. Est évoqué Boussole de Mathias Enard, que Sandrine et Valérie connaissent. Valérie nous parle de Confiteor de Jaume Cabré, dans lequel, comme chez Enard, il y a changement d’époque ou de point de vue au beau milieu d’une phrase ! Dans La zone du dehors de Damasio, les changements de personnage sont indiqués dans la marge.

Pascaline : Une langue venue d’ailleurs d’Akira Mizubayashi.

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Livre conseillé par un professeur de japonais à l’Inalco mais lu bien plus tard. L’auteur apprend le français à 18 ans, et ce livre, écrit en français, raconte l’histoire de cet apprentissage. Akira Mizubayashi a 17 ans en 1968, il se sent perdu dans la langue japonaise et décide d’apprendre le français, sous l’impulsion d’un philosophe japonais ayant fait cette même démarche, mais aussi stimulé par son père -il parle d’ailleurs de langue paternelle à propos du français. Il écoute des cours de langue à la radio japonaise, part faire des études à Montpellier (il parle parfaitement français… avec un accent du sud de la France !). A noter qu’il est un spécialiste de Rousseau.

Sandrine : pensait nous présenter depuis plusieurs semaines Le convoi de Marijosé Alie (une prochaine fois ?) mais vient de découvrir Les âmes et les enfants d’abord d’Isabelle Desesquelles, qui a été une grosse claque.

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Livre aussi court qu’il est puissant. Avait aimé son précédent, Les hommes meurent les femmes vieillissent. L’histoire d’une mère qui va à Venise avec son fils et qui voit d’un tas de chiffons sur la place Saint-Marc sortir la main d’une mendiante, cette vision l’obsède par la suite. Elle écrit à cette femme -le roman commence ainsi. Ce roman est le constat de ce qu’on peut voir au quotidien, il parle de la misère et pose la question « où est notre humanité ? ». L’écriture est très simple mais très profonde. C’est un petit bouquin avec de grandes questions. Il y a une réflexion sur le rapport à la main (main tendue / main qui écrit).

Valérie : deux livres de Iain Levison, Une canaille et demie et Ils savent tout de vous.

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Chez Iain Levison : humour grinçant, vision pas tendre de la société, l’auteur rend attachants des personnages salauds, falots…

Nous présente surtout le premier : un bandit en conditionnelle, qui fait un casse; l’histoire d’un prof d’université pas passionné… Fait penser aux livres de David Lodge parfois.

Dans le deuxième roman : le personnage entend les pensées des gens.

Digression au cours de laquelle sont évoqués :

  • par Pascaline Homo japonicus de Muriel Jolivet
  • par Christophe l’écrivain Emmanuel Monceaux
  • par Pascaline le film japonais Le grand passage (2013)

Sabry : Les Sauvages de Sabri Louatah, dont il a lu les trois premiers tomes-un quatrième et dernier est sorti en janvier.

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Tome 1 (tome 2 bleu, tome 3 jaune, tome 4 noir).

Un roman présenté pour appuyer le lobby maghrébin en France ! Deuxième tour des élections présidentielles : face à Nicolas Sarkozy, Idder Chaouch, un socialiste d’origine kabyle. Un polar, dont le premier tome raconte un mariage dans une famille de Saint-Etienne ; premier tome ennuyeux mais la suite est très prenante. L’écriture est inspirée par les séries télé. On peut s’interroger sur ce titre, les sauvages n’étant pas ceux qu’on croit… On notera que c’est aussi le titre d’un rondeau à la fin des Indes Galantes, un opéra de Jean-Philippe Rameau.

J’ai essayé de rendre compte le plus fidèlement possible des remarques de chacun, mais n’hésitez pas à laisser vos commentaires pour me corriger ou compléter !

A noter : on peut présenter un livre qui ne soit pas un roman (un essai par exemple, ou encore une bande dessinée); pour reprendre les mots de Christophe, il y a possibilité d’un « droit de réponse », à savoir qu’on peut avoir lu pour la prochaine rencontre un livre présenté lors de cette première soirée.

La deuxième Soirées lectures aura lieu samedi 26 mars à 20h.

La troisième Soirées lectures aura lieu samedi 28 mai à 20h.

D’ici là, bonnes lectures !