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Considéré comme un chef-d’oeuvre par Alain Mabanckou (2001).

Je sors avec un appétit encore plus aiguisé à la fin de cette troisième leçon d’Alain Mabanckou au Collège de France, après l’apéritif, qui m’avait mis l’eau à la bouche, et l’entrée, petite révolution personnelle sur le concept de négritude !

Notre professeur a ouvert ses propos avec son humour habituel, comparant son cours à une messe africaine attirant la foule, un voyage vers l’Afrique, dans l’Afrique; il s’est réjoui du dialogue qui s’ouvrait autour de la littérature africaine. Il a fait sienne la formule de Jean Giono, Le poète doit être un professeur d’espérance, et l’on voudrait ajouter : vous l’êtes, cher Alain Mabanckou, et vous nous menez en eau vive, avec un désir d’apprendre toujours renouvelé !

La mise en lumière salutaire en ces temps de préjugés s’est déroulée en quatre temps :

1/ la période pré-coloniale

2/ la peinture coloniale

3/ les illusions des indépendances

4/ la résurgence du roman de l’immigration

Mon compte rendu ne se veut pas exhaustif, je retiendrai quelques repères…

1/ Période qui s’est caractérisée par un souci de dire l’Histoire, avec l’urgence de contrer l’Histoire des Européens -faisant souvent un portrait fantaisiste de l’Afrique. Les textes qui suivent revisitent donc l’Afrique pré-coloniale.

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1954
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2000
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1986
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1978

Alain Mabanckou avait ironisé dans son cours précédent sur le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy : il en a lu cette fois un extrait, et l’absurdité du propos est apparue sans qu’il soit nécessaire de beaucoup commenter…

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Ce texte (1968) sera bientôt réédité au Seuil et préfacé par A. Mabanckou.

2/ Une première génération d’écrivains africains décrit l’ère coloniale et surtout renverse la perspective en donnant à voir le regard du colonisé sur le Blanc, qui devient un personnage secondaire. C’est le cas dans le roman de René Maran, Batouala, qui remporta le Goncourt en 1921.

Intéressant de remarquer qu’on ( = Mongo Beti) reprocha à Camara Laye dans L’enfant noir de relater ses souvenirs, dans un texte plus doux que contestataire.

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Diversité du « je » dans ce roman, voix apaisée et inquiète… (1953)

Bernard Dadié contesta l’hégémonie de la langue française et ironisa sur cette langue d’imposition, dans Climbié en 1953 par exemple.

Ferdinand Oyono adopte dans Une vie de boy la forme du journal intime, et met à nu les travers de la colonisation à travers la voix d’un enfant.

 

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1956

Citons aussi les textes de Ousmane Sembène, également réalisateur, Les bouts de bois de Dieu en 1960 ou encore Le mandat en 1958.

3/ Le temps des indépendances. Encore beaucoup de noms à citer : Sony Labou Tansi, qui travaille sur la figure du rebelle dans La Vie et demie (1979) par exemple; Tierno Monémembo; Henri Lopes, dont le ton, la langue -un français africanisé-, le comique et le burlesque éclatent en 1982 dans Le Pleurer-Rire.

Aminata Sow Fall privilégie dans La grève des bàttu (1979) un citoyen narrateur qui critique les déviations nées des indépendances, fustige la folie des nouveaux gouvernants qui cèdent à une occidentalisation radicale. On y trouve humour noir et vision socio-réaliste. Il y est dit qu’une maison dans laquelle se trouvait la tradition peut aussi y faire entrer la modernité. On peut lire ce texte comme une critique de la politique de Senghor. Les mendiants sont les liens entre le peuple et Allah.

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Werewere Liking bouscule les marges du roman dans Elle sera de jaspe et de corail (1983), avec une liberté de ton et de thème.

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Quelques titres encore : Le baobab fou de Ken Bugul, un témoignage sur l’immigration qui date de 1976, ou encore les textes de Léonora Miano, dont l’impertinence prend le rythme du jazz dans son écriture; elle fonde une littérature afropéenne, notion chère à Alain Mabanckou.

4/ Une littérature qui aborde différemment le thème de l’immigration. Alain Mabanckou se place lui-même dans cette génération d’écrivains -il a d’ailleurs indiqué un ouvrage critique d’Odile Cazenave intitulé Afrique sur Seine.  C’est dans ce cadre qu’a été cité le roman Place des fêtes de Sami Tchak, mis en exergue de ce billet. A été mentionnée aussi Fatou Diome, qui a écrit La préférence nationale en 2001 et Le ventre de l’Atlantique en 2003.

Comme je le disais en commençant, l’envie de dévorer est grande : enfermez-moi dans une bibliothèque ! J’attends avec impatience le prochain cours,  consacré à la réception critique et à l’enseignement de la littérature africaine en Europe… ou comme le dit Monsieur K. avec affection, la prochaine mabanckade -a-t-il créé le mot ? – car, il faut le dire encore, Alain Mabanckou n’est pas un professeur comme les autres, il mérite un nouveau mot !

Vos commentaires et compléments sont les bienvenus sur ce blog…

Cours à revoir ici.

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6 réflexions sur “Les grandes thématiques de la littérature d’Afrique noire francophone, par Alain Mabanckou.

  1. Très bon resume. A la fin du cours, je suis allee a Presence Africaine et a L’Harmattan (tous les 2 se trouvent près du collège de France). Tenez vous bien que les deux librairies étaient prises d’assaut par les « étudiants » de Mabanckou. Iles étaient la avec leur listes a demander si les romans de Sami Tchak, Yambo Ouologuem, Aminata Sow Fall, Bernard Dadie, ect.. étaient disponibles. Ca m’a fait chaud au coeur quand meme.

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  2. J prends le vol Air France du lundi 11 pour assister à la leçon du 12 avril à la quête d cette Afrique que j ntrouve pas ici installee au Congo

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