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Après ma découverte enthousiaste du Manuel d’écriture et de survie, je poursuis ma lecture des livres de Martin Page.

Le personnage de ce texte passe son temps à se suicider, point de départ qui lui donne d’emblée une tournure absurde et désespérée ! J’ai eu du mal à accrocher aux toutes premières pages, mais dès l’épisode des toilettes, j’ai commencé à rire :

Mes toilettes sont hantées. C’est ce que dit mon plombier. Mes toilettes ont un problème de canalisation, c’est ce que dit mon médecin. Cela se manifeste quand je reste un petit moment assis sur l’œil de plastique blanc, vidant mon corps de ce qui ne peut plus le nourrir et rassasiera bien le monde.

La première fois, je crus que des maux d’estomac provoquaient une ventriloquie reliée à mon inconscient et à la mémoire d’événements marquants. Mais la réalité est moins raisonnable : des phrases arrivent en écho par la tuyauterie de mes toilettes. Des phrases entières, construites, surgissent du labyrinthe d’égouts, montent jusque chez moi et franchissent la frontière d’eau stagnante et javellisée pour s’articuler dans l’air fraîcheur violette de mon intimité excrémentielle.

Le pantalon baissé, j’ai bien été obligé de l’admettre : la personne qui parle à l’autre bout du tuyau, c’est le président des États-Unis. J’ignore comment la géographie de la tuyauterie a pu relier nos deux sanitaires, mais cela ne fait aucun doute.

Ce qui me permet d’être si certain de la personnalité de mon correspondant est la teneur des phrases qui me parviennent. Ce sont des discours, enfin plutôt des ébauches et des morceaux de discours, qui seront diffusés dans une forme plus nette et claire à la télévision quelques heures plus tard. Bill Clinton révise ses allocutions dans les belles toilettes de la Maison-Blanche, corrige son texte, teste la sonorité de sa voix. Ainsi j’ai eu droit en primeur à ses déclarations sur Monica Lewinski, à ses discours sur le Kosovo et Israël. Parmi les bruits habituels à ce lieu, il hésite, corrige, s’emporte parfois, change des options. Je l’entends crier, chanter, sangloter, jouer du saxophone. (p. 20-21)

Le ton m’a fait penser à celui de Philippe Jaenada, avec sans doute ici une critique sociale en fond (sur le monde du travail notamment).

La visite chez le médecin, qui découvre un requin dans le corps du narrateur, vaut la lecture ! J’ai aussi aimé l’achat par le narrateur de milliers de livres d’Emily Dickinson, qui la hissent en tête des ventes de poésie, et intriguent au plus haut point le milieu littéraire…

Un texte dont l’humour noir peut vraiment séduire et faire rire !

 

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Une réflexion sur “« Une parfaite journée parfaite » de Martin Page.

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