9782070143870

J’avais aussi commencé un roman de 2003 de Camille Laurens (billet à venir, sans doute), L’amour, roman mais c’est celui-ci, publié récemment, qui a pris le pas et que j’ai fini avant. Celle que vous croyez est sans doute la réalisation pleine et entière de ce titre, justement, L’amour, roman mais sans la virgule !

J’ai pensé aussi bien à L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt qu’à D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan, probablement pour l’amour fou pour la fiction, qui balade le lecteur, se joue un peu de lui, mais le comble dans son goût pour le vertige. En deux mots, c’est l’histoire de Claire, 48 ans, qui cherche à saisir son amant inconstant, Jo, en piégeant l’ami de ce dernier, Christophe, sous un profil Facebook qu’elle s’invente, et sur lequel elle n’a plus que 24 ans…

(…) pour les gens comme moi, Internet est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans la traque, dans l’attente, on ne peut pas faire son deuil d’une histoire pourtant morte, et en même temps on surnage dans le virtuel, on s’accroche aux présences factices qui hantent la Toile, au lieu de se déliter on se relie. (p. 22)

Tandis que les hommes… Le monde leur appartient plus qu’à nous -le temps, l’espace, la rue, la ville, le travail, la pensée, la reconnaissance, l’avenir. C’est comme s’il y avait toujours un au-delà dans leurs yeux, un arrière-plan qu’ils peuvent apercevoir en inclinant la tête de côté ou en se mettant sur la pointe des pieds -ça nous dépasse, littéralement. (p. 40)

Lacan dit une chose très intéressante (…). En gros, il dit que l’amour est toujours réciproque. Pas au sens où on serait toujours aimé quand on aime -ah là là, ce serait trop beau-, mais dans la mesure où quand j’aime quelqu’un, ce n’est pas au hasard, ce quelqu’un est concerné par mon amour, il en est partie prenante, ou partie prise, si vous préférez, c’est lui que j’aime et pas un autre, et ce n’est pas rien d’être la cause d’amour de quelqu’un, ça crée un rapport, ce n’est pas neutre. J’aime bien cette idée qu’on est responsable de l’amour qu’on suscite, c’est-à-dire que d’une certaine manière, à défaut d’y répondre, on en répond. (p.57)

Nous sommes tous, dans les fictions continues de nos vies, dans nos mensonges, dans nos accommodements avec la réalité, dans notre désir de possession, de domination, de maîtrise de l’autre, nous sommes tous des romanciers en puissance. Nous inventons tous notre vie. (p. 124-125)

J’ai aimé le jeu d’emboîtements des histoires les unes dans les autres, dans un système qui pourrait lasser par excès de virtuosité mais qui fonctionne finalement grâce à l’amour profond pour la littérature qui se dégage du texte (j’ai noté en vrac les références à : La Rochefoucauld, Houellebecq, Laclos, Le Tasse, Virginia Woolf, Duras…)

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Une réflexion sur “« Celle que vous croyez » de Camille Laurens.

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