Samedi 6 février, naissance des Soirées lectures dont le principe est le suivant : chacun présente le livre de son choix, qu’il souhaite partager. Ont été présentés dans l’ordre :

Muriel : Le remplaçant d’Agnès Desarthe. Livre touchant, dans lequel l’auteur fait le portrait de son grand-père, plus exactement du deuxième compagnon de sa grand-mère. Évocation émouvante par l’auteur de son rapport à la mémoire, à la généalogie, au réel -qui passe forcément par la fiction.

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Le début du texte :

Dans certaines cultures, ce qui distingue l’aristocratie du commun, c’est l’art de porter l’habit, dans d’autres celui de guérir par imposition des mains, de reconnaître un grand cru ou de lire l’avenir dans les feuilles de thé.

Chez nous, ce qui permet de sortir du lot, c’est la façon de raconter les histoires; plus précisément, les histoires drôles.

Chaque famille juive possède son conteur légendaire, et chacune pense que le sien est meilleur que les autres. C’est une compétition permanente et sournoise.

Le pouvoir de la fiction :

Un mélange de distraction, de propension à la rêverie, de manque d’esprit de synthèse et d’absence de mémoire fait que je suis incapable de fixer l’information, à la manière de certains organismes qui ne parviennent pas à fixer le fer ou le magnésium. Je ne comprends jamais ce qu’on me dit. Je comprends autre chose. Il me faut des images, il me faut des métaphores.

Tout ce que j’ai retenu m’a été enseigné par les romans, le théâtre ou la poésie. Je n’ai jamais rien retiré des cours à l’école ou au lycée, des documentaires télévisés, de la lecture des journaux.

La perception du monde :

J’ai conscience d’être un cas extrême, mais j’ai l’impression que nombreux sont les gens qui, tout en pensant pouvoir se fier à leurs représentations, n’ont en fait aucune idée de ce qu’est le monde, de ce qu’il a été. Nous sommes pratiquement incapables de comprendre ce dont nous n’avons pas, personnellement, fait l’expérience et c’est, selon moi, ce handicap qui constitue l’une des sources les plus certaines de la barbarie.

L’image, la métaphore nous sauvent de l’isolement, du solipsisme. Mais la métaphore a si mauvaise réputation dans l’Occident moderne que les seuls auteurs qui continuent d’y recourir sont les journalistes sportifs. Pour le reste, on n’y a plus droit, c’est ringard, ça fait vieux, comme cette manie de vouloir raconter des histoires. A quoi bon, quand on a si bien développé les techniques d’analyse et d’enregistrement du réel ?

Maëva : Une enfance algérienne, recueil de textes présentés par Leïla Sebbar.

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Trois époques dans ces textes : les années trente, la Seconde Guerre mondiale, les années soixante. Trois communautés aussi : chrétienne, musulmane, juive. Pour tous : la perspective du départ, de l’exil. Des textes d’écrivains très bien écrits. Par exemple celui d’Albert Bensoussan. Mais aussi ceux d’Hélène Cixous, Jean Daniel, Mohammed Dib…

Christophe : La zone du dehors d’Alain Damasio. DVD avec cette édition.

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Un monde où les gens sont nommés par quelques lettres. C’est l’histoire d’une révolte car tout est apparemment organisé pour le bien-être des personnes mais aucune liberté n’existe en réalité. L’auteur s’attarde parfois un peu trop (par rapport à La horde du contrevent), mais il y a un véritable intérêt politique à ce texte. Beaucoup de créations linguistiques.

Ce livre fait penser, selon Sandrine, à Globalia de Jean-Christophe Rufin.

Une discussion s’ouvre sur les façons de lire, lente ou rapide. Est évoqué Boussole de Mathias Enard, que Sandrine et Valérie connaissent. Valérie nous parle de Confiteor de Jaume Cabré, dans lequel, comme chez Enard, il y a changement d’époque ou de point de vue au beau milieu d’une phrase ! Dans La zone du dehors de Damasio, les changements de personnage sont indiqués dans la marge.

Pascaline : Une langue venue d’ailleurs d’Akira Mizubayashi.

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Livre conseillé par un professeur de japonais à l’Inalco mais lu bien plus tard. L’auteur apprend le français à 18 ans, et ce livre, écrit en français, raconte l’histoire de cet apprentissage. Akira Mizubayashi a 17 ans en 1968, il se sent perdu dans la langue japonaise et décide d’apprendre le français, sous l’impulsion d’un philosophe japonais ayant fait cette même démarche, mais aussi stimulé par son père -il parle d’ailleurs de langue paternelle à propos du français. Il écoute des cours de langue à la radio japonaise, part faire des études à Montpellier (il parle parfaitement français… avec un accent du sud de la France !). A noter qu’il est un spécialiste de Rousseau.

Sandrine : pensait nous présenter depuis plusieurs semaines Le convoi de Marijosé Alie (une prochaine fois ?) mais vient de découvrir Les âmes et les enfants d’abord d’Isabelle Desesquelles, qui a été une grosse claque.

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Livre aussi court qu’il est puissant. Avait aimé son précédent, Les hommes meurent les femmes vieillissent. L’histoire d’une mère qui va à Venise avec son fils et qui voit d’un tas de chiffons sur la place Saint-Marc sortir la main d’une mendiante, cette vision l’obsède par la suite. Elle écrit à cette femme -le roman commence ainsi. Ce roman est le constat de ce qu’on peut voir au quotidien, il parle de la misère et pose la question « où est notre humanité ? ». L’écriture est très simple mais très profonde. C’est un petit bouquin avec de grandes questions. Il y a une réflexion sur le rapport à la main (main tendue / main qui écrit).

Valérie : deux livres de Iain Levison, Une canaille et demie et Ils savent tout de vous.

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Chez Iain Levison : humour grinçant, vision pas tendre de la société, l’auteur rend attachants des personnages salauds, falots…

Nous présente surtout le premier : un bandit en conditionnelle, qui fait un casse; l’histoire d’un prof d’université pas passionné… Fait penser aux livres de David Lodge parfois.

Dans le deuxième roman : le personnage entend les pensées des gens.

Digression au cours de laquelle sont évoqués :

  • par Pascaline Homo japonicus de Muriel Jolivet
  • par Christophe l’écrivain Emmanuel Monceaux
  • par Pascaline le film japonais Le grand passage (2013)

Sabry : Les Sauvages de Sabri Louatah, dont il a lu les trois premiers tomes-un quatrième et dernier est sorti en janvier.

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Tome 1 (tome 2 bleu, tome 3 jaune, tome 4 noir).

Un roman présenté pour appuyer le lobby maghrébin en France ! Deuxième tour des élections présidentielles : face à Nicolas Sarkozy, Idder Chaouch, un socialiste d’origine kabyle. Un polar, dont le premier tome raconte un mariage dans une famille de Saint-Etienne ; premier tome ennuyeux mais la suite est très prenante. L’écriture est inspirée par les séries télé. On peut s’interroger sur ce titre, les sauvages n’étant pas ceux qu’on croit… On notera que c’est aussi le titre d’un rondeau à la fin des Indes Galantes, un opéra de Jean-Philippe Rameau.

J’ai essayé de rendre compte le plus fidèlement possible des remarques de chacun, mais n’hésitez pas à laisser vos commentaires pour me corriger ou compléter !

A noter : on peut présenter un livre qui ne soit pas un roman (un essai par exemple, ou encore une bande dessinée); pour reprendre les mots de Christophe, il y a possibilité d’un « droit de réponse », à savoir qu’on peut avoir lu pour la prochaine rencontre un livre présenté lors de cette première soirée.

La deuxième Soirées lectures aura lieu samedi 26 mars à 20h.

La troisième Soirées lectures aura lieu samedi 28 mai à 20h.

D’ici là, bonnes lectures !

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8 réflexions sur “Soirées lectures 1ère édition.

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