« Je vous conseille d’oublier tout ce que vous croyiez de la poésie jusqu’à maintenant : qu’un poème, c’est forcément ceci ou cela, de la rime, des vers bien balancés, des jolis mots, des sentiments tristes ; qu’il faut l’apprendre par cœur, le décortiquer comme un crabe, l’analyser pour trouver ce-que-le-poète-a-voulu-dire ; j’en passe et des pires. Prenez, par exemple, le cas de la rime. On la trouve dans la poésie, oui (dans la chanson et la pub aussi, notez) mais elle est aussi indispensable à la poésie que la barbe à votre grand-oncle Nestor. Sans doute qu’elle lui va bien, la barbe, au grand-oncle, mais est-ce qu’il ne serait plus Nestor sans sa barbe ? […]

Alors, vous entends-je ronchonner, rime ou pas rime, à quoi on reconnaît le poème ? Eh bien non, pas à telle ou telle forme, mais au fait que ça bouge dans la langue. Quand la langue vous dépayse comme si vous l’entendiez comme une langue étrangère ; que ça sonne neuf, bizarre aux yeux et à l’oreille. Bref, si vous vous dites : « C’est bien ma langue, mais je ne l’ai jamais vue dans cet état », probable que vous êtes en face d’un poème.

[…] on ne peut aimer la poésie que si on aime être étonné, dérangé, déconcerté. »

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