Mon métier consiste en la conception de circuits électroniques pour les satellites.
Précisément, cela veut dire qu’on me demande de répondre à un besoin (une spécification) qui vient des futurs utilisateurs à l’aide de mes connaissances en électronique.
Le besoin est assez spécifique parce qu’on n’a pas le droit de réparer un circuit une fois le satellite lancé. Donc la conception s’assortit de nombre d’analyses qui permettent de vérifier que le circuit fonctionnera correctement durant toute la durée de la mission.

Concrètement, on recherche dans les circuits existants si quelque chose répond en partie ou en totalité à la demande. On peut chercher dans l’héritage de la société ou aller chercher ailleurs des idées plus « théoriques » que l’on appliquera ensuite.
Plusieurs phases de vérification viennent accompagner la création d’un circuit :

On fait des simulations à partir d’outils informatiques qui permettent de prévoir le comportement électrique.
On fait des maquettes pour vérifier que la théorie donne les résultats espérés, que nos idées initiales sont bonnes.
On fait des modèles de qualification pour vérifier que la manière dont on le fabrique donnera entière satisfaction. Les tests réalisés sur ce modèle sont drastiques. En température. En vide. En vibration. En choc.
On fait des analyses (des calculs) pour prouver son bon fonctionnement jusqu’à la fin de vie du satellite, en se basant sur les analyses de spécialistes de la thermique, des radiations, de la mécanique, de la fiabilité.
On peut faire des pré-séries pour vérifier que l’organisation de la production correspond au besoin (cadences, qualité, …).

Lorsqu’un circuit est fabriqué, on organise également la veille technique. On reste présent pour aider si besoin, pour répondre aux questions des gens qui fabriquent. Dans le domaine de l’électronique spatiale, il existe encore une phase de réglage importante. Cela nécessite que l’on écrive des procédures de réglage qui font l’objet, sous notre responsabilité, d’optimisation au contact de la réalité du terrain pour aider à aller plus vite et mieux pour faire moins cher.

On a aussi, mais de manière plus marginale, des actions dites transverses. C’est-à-dire des activités qui ne s’appliquent pas à un circuit en particulier mais à toute une famille, ou à des processus industriels. Nous ne sommes pas responsables de ces activités mais participons aux réunions pour que l’avis du concepteur soit pris en compte lorsqu’on décide de faire évoluer une façon de fabriquer, une technologie, …

Enfin, nous avons un rôle d’expertise et de présentation vers les clients finaux (ceux qui achètent le circuit ou le système dans lequel le circuit est inclus). Ce sont des étapes importantes du contrat qui nous lie avec eux. De leur côté, ils peuvent vérifier que l’on fait ce que l’on a dit et se rassurer sur notre capacité à répondre à leur demande. Du nôtre, ces étapes déclenchent des paiements après approbation du client.

Les qualités qu’il faut avoir pour exercer ce métier sont d’abord de savoir mettre en application une somme de connaissances à la fois trop importante (on n’utilise pas tout ce que l’on a appris) et insuffisante (on doit continuellement apprendre des choses complémentaires).
La seconde est de rester logique dans notre travail. La plupart des résolutions de problèmes rencontrés proviennent de l’utilisation du simple bon sens, mais basées sur une solide connaissance initiale.
Une autre qualité est la créativité. Pour répondre à une demande nouvelle, il faut aussi savoir jouer avec et tordre les circuits existants pour en faire de nouveaux. On ne parle pas ici de créativité au sens artistique du terme, mais de capacité à inventer quelque chose de nouveau malgré les contraintes nombreuses liées au domaine d’application.
Il est toujours utile d’être organisé car le métier fonctionne souvent sur le mode interruptif. Le téléphone sonne pour une demande urgente alors qu’on était en train d’écrire un mail de réponse tout aussi urgent juste avant d’avoir été interrompu par l’irruption d’un collègue pressé dans notre bureau. Il faudra répondre à tous, au mieux, au plus vite, et passer sans arrêt du coq à l’âne.
Il faut être passionné par la technique. Disons-le très clairement : la technique ne paie pas. Si vous voulez gagner plus, passez votre chemin. Il est souvent frustrant de voir des personnes au bagage technique faible mais ayant choisi d’autres voies monter plus vite dans les strates hiérarchiques. Donc il faut aimer résoudre les puzzles que l’on vous propose.


Il y a des hauts et des bas. On peut sortir fier d’avoir fait un tour de force que vos collègues ne pensaient pas réalisable. On peut sortir fier d’une réunion avec un client qui admet qu’il n’a pas trouvé mieux ailleurs dans le monde (même si on est trop cher, trop lent, trop lourd, trop…). Et la principale fierté est de savoir que des circuits à vous marchent dans des satellites utilisés en ce moment en orbite, dans des conditions extrêmes.
Mais il y a aussi les jours de doute. Les retours d’expérience négatifs. Les discussions tendues avec des contradicteurs. Les progressions de carrière inégales.
Et toujours la question de savoir si on est fait pour ce métier. La difficile adéquation entre toutes les aspirations que l’on a et la confrontation avec la réalité où le compromis domine.
Lorsque les moyens de l’entreprise sont en jeu, la pression se fait toujours plus forte. Ce n’est pas vraiment un problème dans mon cas. J’ai tendance à ne pas paniquer. Mais il est souvent lourd qu’une hiérarchie en proie aux doutes viennent ajouter à la pression. Il peut y avoir aussi des collègues qui ne « jouent pas collectif ». Les entreprises du spatial sont de grosses bureaucraties. Comme dans toute société humaine, les jolies règles telles que l’avancement au mérite ne résiste pas longtemps devant le copinage et les politiques de réseau. C’est un gros facteur de découragement. J’ai souvent envie d’exercer un autre métier. Avec une plus large partie créative parfois. Ou avec une plus grande implication dans les choix stratégiques.

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